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Environnement urbain et surpoids: un lien étroit découvert grâce à GeoCoLaus

Les problèmes de surpoids pourraient dépendre en partie du quartier dans lequel on vit. Voilà la conclusion d’une sous-étude de la cohorte CoLaus|PsyCoLaus menée sur quelque 6000 Lausannois.

Les points bleus indiquent si l'indice de masse corporel (IMC)* de la population se situe en-dessous de la moyenne lausannoise ; rouges, là où il est au-dessus. La carte de la capitale vaudoise révèle un clivage net en matière d'embonpoint, entre l'ouest et l'est de la ville. La nature de l'environnement urbain en serait l'une des causes.

Cette hypothèse émane des recherches de l’étude GeoCoLaus, menée par des médecins du CHUV, des HUG et des géographes de l'EPFL, publiée dans le British Medical Journal Open en janvier 2016.

Les scientifiques ont étudié l’évolution de l’IMC de la population lausannoise sur plus de cinq ans, en se basant sur les données physiologiques récoltées par la cohorte CoLaus|PsyCoLaus (6000 Lausannois y ont participé depuis 2003) et leurs données géographiques. Cette analyse sur une période longue fait de GeoCoLaus une recherche inédite au niveau mondial.

Facteurs traditionnels insuffisants

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont confronté ces données aux facteurs sociaux traditionnellement connus pour influencer le poids d’une personne, comme le revenu, l’âge, l'origine ethnique, la consommation d’alcool et de tabac ou encore le niveau d'éducation. Mais même en prenant tous ces facteurs en compte, les raisons de l’IMC trop haut ou trop bas de certains habitants de la capitale vaudoise restaient alors un mystère: les habitants des quartiers populaires de l’Ouest de la ville présentent ainsi un IMC plus élevé que la moyenne, et les quartiers bourgeois de l’Est, un IMC plus bas.

Les scientifiques de GeoCoLaus ont alors ajouté à leur calcul les données géographiques des participants en analysant l’IMC de leurs voisins sur un périmètre de 800 mètres. Ils ont trouvé une piste d’explication à cette interrogation: l’environnement urbain pourrait aussi avoir un impact significatif sur notre poids.

Quand l'urbanisme influence les comportements

Pour étayer ce résultat, ils ont étudié la distance de ces zones d’habitations (Est et Ouest) aux espaces verts, aux commerces et aux fast-foods, et ont remarqué qu’un accès facilité aux parcs ou aux rives du lac, comme c’est le cas dans les quartiers de l’Est Lausannois, favoriserait l'activité physique. En cinq ans de suivi, ce clivage s’est révélé inchangé.

Les chercheurs ont finalement observé un phénomène de dépendance spatiale: autrement dit, l’on tendrait à imiter nos voisins, quelles que soient nos origines socioculturelles: observer leur jogging régulier ou leurs déplacements à vélo nous inciterait à faire de même.

Les premiers résultats de l’étude GeoCoLaus ouvrent de nouvelles perspectives en matière de prévention de l’obésité: d’une part mieux penser l’aménagement de certains quartiers pourrait améliorer la qualité de vie et l’état de santé de leurs habitants. Et d’autre part, les zones d’habitation à risque étant désormais connues à Lausanne, des campagnes de santé publique ciblées et personnalisées pourraient être réalisées à leur attention.

* L’IMC est une mesure qui permet d’estimer la corpulence d’un individu. Une personne est considérée comme maigre si son IMC se trouve en dessous de 18,5 points, normale (de 18,5 à 25), en surpoids (de 25 à 29,9) ou obèse (plus de 30).

En savoir plus:

Persistent spatial clusters of high body mass index in a Swiss urban population as revealed by the 5-year GeoCoLaus longitudinal study
DOI : http://dx.doi.org/10.1136/bmjopen-2015-010145